De la gestion forestière à la résilience climatique, le KKL-JNF exporte un savoir-faire né en Israël tout en nourrissant ses pratiques des expériences venues d’ailleurs. Cette dynamique d’échange place l’organisation au cœur des réseaux internationaux de coopération environnementale.

« Israël est considéré comme la nation des start-up », rappelle Noah Tal, cheffe de la division de la planification du Keren Kayemeth LeIsrael – Fonds national juif. « Mais nous sommes aussi, depuis plus d’un siècle, un laboratoire forestier vivant. »
À l’image de la haute technologie israélienne, la foresterie développée par le KKL-JNF s’est construite dans la contrainte : climat aride, rareté de l’eau, diversité des sols, pression démographique. Cette réalité a forgé une expertise unique en matière d’aménagement du territoire, de gestion de l’eau et de conservation des sols.
Pour Eyal Ostrinsky, président du KKL-JNF, cette expérience engage une responsabilité :
« Depuis plus d’un siècle, nous développons une expertise pratique en foresterie et en résilience environnementale. Il est naturel pour nous de la mettre au service d’autres pays confrontés aux mêmes défis. »
Dans le même temps, l’organisation investit massivement dans la recherche et l’innovation. En Israël, la forêt n’est pas un décor : elle est un actif stratégique. Elle protège les sols, régule les eaux, favorise la biodiversité et offre des espaces ouverts accessibles à tous.
Seulement 7 % du territoire israélien est couvert de forêts. La superficie forestière du pays est inférieure à celle de la forêt de Sherwood au Royaume-Uni. Ce paradoxe fait d’Israël un micro-laboratoire idéal : un territoire restreint, mais soumis à une grande diversité climatique — du désert du Néguev aux régions plus fraîches du Nord.
Cette variété permet d’expérimenter des modèles de gestion adaptés aux zones arides, semi-arides et méditerranéennes, un enjeu majeur dans le contexte du réchauffement climatique.
La coopération internationale du KKL-JNF repose sur deux axes : transmettre les enseignements tirés de l’expérience israélienne — réussites comme erreurs — et intégrer les innovations développées ailleurs.
En 2018, lorsque l’ONU a appelé à renforcer la gestion durable des forêts, Israël a élaboré un plan stratégique forestier sur 25 ans. Peu de pays disposent d’un programme national structuré de cette ampleur. Ce plan a été présenté lors de la COP29 en Azerbaïdjan en novembre 2024, positionnant la foresterie israélienne comme un modèle d’anticipation.
L’expérience israélienne en matière de gestion des eaux pluviales illustre cette capacité d’adaptation. Ces dernières années, des épisodes de pluies intenses ont obligé les forestiers à repenser l’interaction entre sols, ruissellement et couvert végétal.
Le KKL-JNF a notamment développé les limans — bassins en terre retenant les eaux de crue — permettant l’infiltration progressive de l’eau dans les sols arides. Ce modèle, éprouvé dans le Néguev, inspire aujourd’hui d’autres régions confrontées à des phénomènes climatiques extrêmes.
Les échanges sont également techniques. En partenariat avec le Service des forêts des États-Unis, le KKL-JNF participe régulièrement à des séminaires professionnels sur la gestion forestière et le changement climatique.
Des experts portugais ont récemment formé les équipes israéliennes aux brûlages dirigés et aux “feux froids” hivernaux — des interventions contrôlées visant à réduire la biomasse du sous-bois afin de limiter l’intensité des incendies estivaux. Une adaptation essentielle dans un bassin méditerranéen de plus en plus exposé aux mégafeux.
Avant octobre 2023, une délégation forestière réunissant France, Espagne, Italie, Grèce, Chypre et Turquie s’était d’ailleurs rendue en Israël pour une semaine d’études conjointes.
La forêt de Yatir, située en lisière désertique, constitue un terrain d’étude unique. Dense malgré son environnement semi-aride, elle permet d’observer les interactions entre forêts, carbone et cycles hydriques dans des conditions extrêmes — des données précieuses pour des régions qui pourraient, demain, connaître un climat similaire.
L’expertise israélienne s’exporte aussi hors du Moyen-Orient. Dans la région de Turkana, au Kenya, le KKL-JNF a contribué à la création de plus de 130 exploitations agricoles en adaptant les cultures aux conditions locales et en mettant en place des bassins de rétention d’eau inspirés des modèles israéliens. Ce projet a transformé une zone auparavant improductive en espace agricole viable.
En Israël, les forêts sont souvent proches des zones habitées. Cette proximité a conduit le KKL-JNF à développer une approche de foresterie communautaire, intégrant les habitants à la gestion et à la préservation des espaces boisés.
Au sein des instances internationales — Forum des Nations Unies sur les forêts, groupes de travail MedForest ou FAO — l’organisation contribue à l’élaboration de standards professionnels, notamment pour la plantation d’arbres en milieu urbain.
Pour Karine Bolton, responsable des organisations internationales au KKL-JNF, l’enjeu dépasse la technique :
« Face aux bouleversements climatiques, il est essentiel qu’Israël soit présent dans les espaces de décision. Nos réalisations concrètes renforcent notre crédibilité et démontrent notre capacité à agir. »
Malgré le contexte sécuritaire depuis octobre 2023, les collaborations se poursuivent. Rapports scientifiques, présentations techniques, participation aux forums internationaux : le KKL-JNF entend maintenir la présence d’Israël dans le dialogue environnemental mondial.
Plus qu’un gestionnaire forestier, l’organisation s’affirme comme un acteur stratégique de la diplomatie environnementale. Dans un monde confronté à l’instabilité climatique, l’expérience israélienne en matière d’adaptation, de résilience et d’innovation forestière constitue un apport concret et reconnu.
La forêt, ici, n’est pas seulement un paysage.
Elle est un outil de coopération, de stabilité et d’influence positive.







