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Cérémonie de commémoration du 7-Octobre à Paris

7-Octobre : salle comble à La grande Synagogue dans le recueillement, pour le devoir de mémoire et l’espoir.

Trois ans après les massacres, sous l’impulsion du KKL, rejoint par ses partenaires, la communauté juive de France s’est rassemblée à la Grande Synagogue de la Victoire, pleine à craquer, pour une cérémonie d’une rare intensité. L’ambassadeur d’Israël, Joshua Zarka, y a adressé un message de gratitude et de résilience : « Nous n’en sommes pas sortis indemnes. Mais nous en sommes sortis debout ! »

Il y a des silences qui en disent plus que tous les discours. Mercredi 7 octobre, à Paris, 1 800 personnes ont pris place dans la Grande Synagogue de la Victoire pour se souvenir, trois ans jour pour jour après le massacre du 7-Octobre 2023. Autour des familles et des proches des victimes se pressaient des représentants des institutions, des élus et de nombreuses personnalités. Des Iraniens venus dire leur soutien à Israël étaient aussi présents. 
Tous étaient là pour une soirée d’hommage voulue sobre, juste et profondément humaine.

Initiée par le KKL France, en partenariat avec le Keren Hayessod et l’Agence juive, la cérémonie a été portée avec le Consistoire central, le Consistoire de Paris et la FOSF (Fédération des organisations sionistes de France).

Une ouverture qui saisit les âmes et les cœurs 
Alors que les participants se pressaient à l’entrée de la Grande Synagogue, dans laquelle ils ont pu voir l’exposition de photographies de l’artiste plasticienne, Danielle Aspis, soutenue par le KKL, issues de son travail de plus d’un an en hommage au 7-Octobre, l’on sentit d’emblée que cette cérémonie aurait un goût particulier. Dans un contexte de montée exponentielle des actes antisémites et antisionistes, Robert Zbili, président du KKL de France, confirme aux journalistes l’importance de ce rassemblement qui offre un « moment de communion » cathartique et lucide.

Dès 20 h, la projection d’un clip rappelant le massacre du festival Nova a plongé la salle dans le souvenir de cette aube de fête brisée. Puis est venu le prélude : « C’est le cœur lourd que nous sommes réunis ici aujourd’hui pour honorer la mémoire de nos sœurs et de nos frères dont les vies ont été brutalement arrachées. »
La sirène a retenti pour la minute de silence, que l’assemblée, debout, a vécue dans un recueillement absolu. Le chant Shevouri Lev de Hanan Ben Ari, porté par le hazan, a ensuite pris le relais du silence.

La lumière d’Eli 
Un des moments bouleversants de la soirée fut sans doute l’allumage de la flamme du souvenir. Noémie Ghnassia, cousine du Sergent-chef Valentin Eli Ghnassia (z’l), tombé à Be’eri à 22 ans, a raconté celui que sa mère appelait un « enfant soleil ». Revenu d’un voyage Taglit, il avait annoncé : « Maman, je pars. Je monte en Israël et je m’engage dans Tsahal. » Combattant du 890ᵉ bataillon des parachutistes, il a sauvé plusieurs de ses camarades en proposant de contourner une maison piégée. « Mais Eli passa le premier. » Il repose aujourd’hui au mont Herzl, là même où il avait confié à sa mère que c’était « le plus bel endroit au monde ».

Dans une salle suspendue à ses mots, Noémie a conclu : « Avant tout, Eli est mon cousin. […] Eli, mon cousin, ta lumière continue de vivre en nous. Et elle ne s’éteindra jamais. »

Prières, poèmes et témoignages
La voix des rabbins a donné à la soirée sa dimension spirituelle. Le rabbin Moshé Sebbag, de la Grande Synagogue de Paris, a récité à la téba ornée d’une étonnante sculpture d’anémones rouges, symbole de résilience, les Psaumes 140 (Tehilim) avec le Grand Rabbin Olivier Kaufmann, directeur de l’école rabbinique. Ce dernier a pris la parole ensuite pour en expliquer le sens profond et la résonnance avec la tragédie du 7-Octobre. Le Kaddish a été dit par l’assemblée debout, dans une vibration collective à nulle autre pareille.

Les vidéos diffusées ont fait entrer la salle dans l’intimité des disparus. Le film hommage accompagné de la chanson Nigmar d’Idan Amedi a été suivi d’une évocation, à deux voix, – celle de la chanteuse israélienne Rita et de Philippe Lévy, du KKL, animateur de la soirée, donnant sa traduction -, du poème du sergent Assif Luger. Ses mots sont devenus quasi prophétiques : « Je ne regrette pas que ce soit fini, je suis heureux que cela ait existé. » 

Voir le clip de Rita ici :

La commandante Noa Amouyal a ensuite évoqué avec une grande pudeur et une émotion palpable sa soldate Adi Odaya Baruch, partie volontaire à Sdérot : « Ma petite Adi, quand je pense à toi, la première chose qui me vient, c’est ton sourire. Puis ton rire. Ta douceur. Ta lumière. » En suivant, Orelle, jeune militante du DEJJ a lu le poème, porté de manière posthume en mélodies par des nombreux artistes, qu’Adi avait écrit neuf mois avant sa mort et que sa mère a retrouvé sur son ordinateur : « Regardez le monde pour moi, appréciez chaque petit moment, et de temps en temps, souriez aux nuages, je serai là-bas. »

Le chant, comme prolongement de la prière
Le cantor de la Victoire, David Gerst, accompagné par le chœur de la Victoire dirigé par Emmanuelle Souffan, a chanté le El Malé Rahamim puis la prière pour l’État d’Israël. Les voix se sont élevées dans l’immense nef, et la salle est restée suspendue.

Le message très incarné de l’ambassadeur : « Nous en sommes sortis debout ! »
Après le chant Al Hayeladim Sheli de Hanan Ben Ari, l’ambassadeur d’Israël en France, Joshua Zarka, a pris la parole. Il a choisi de commencer par un visage : celui des enfants Idan. Le 7 octobre 2023, à Kfar Aza, Smadar et Roee ont été tués. Leurs enfants, Michaël, 9 ans, et Amalya, 6 ans, sont restés cachés dans une armoire pendant quatorze heures, « à seulement quelques pas des corps inertes de leur père et de leur mère », jusqu’à l’arrivée des forces israéliennes. Avigail, 3 ans, a été prise en otage et gardée dans les tunnels du Hamas pendant 51 jours. À la policière qui lui demandait de décrire ce qu’il voyait, Michael avait répondu : « Papa et maman sont morts. » « Ne bougez pas », lui avait-on dit. Et ils ne bougèrent pas.

De cette tragédie, l’ambassadeur a tiré la plus grande des leçons : « Nous n’en sommes pas sortis indemnes. Mais nous en sommes sortis debout. » Il a rappelé ce que visaient les terroristes du Hamas : rendre toute réconciliation impossible, car « ce qu’ils craignaient le plus, c’était la paix ». Et il a opposé l’histoire d’hier à celle d’aujourd’hui : « Pendant la Shoah, le peuple juif était seul. […] Aujourd’hui, Israël existe. Israël veille. Israël se défend. »
Il a aussi mis en garde contre la fragilité de la barrière morale que l’on croyait érigée par la mémoire de la Shoah. 

Face à la montée de l’antisémitisme, son message s’adressait à tous : « L’antisémitisme n’est jamais seulement un problème pour les Juifs. » Lorsque des enfants juifs ont peur d’aller à l’école, a-t-il rappelé, « c’est la démocratie elle-même qui est en danger ». Et d’ajouter : « Nous sommes, encore et toujours, ces canaris dans la mine. »

S’adressant directement à la communauté juive de France, il a salué son courage, sa fidélité, sa dignité : « Merci au nom de mon État. » Il a affirmé que « le lien entre Israël et les Juifs de France n’est pas un lien politique : c’est un lien de famille, d’histoire, de destin », avant de dire sa confiance dans la France, qui, selon lui, n’acceptera pas que ses citoyens juifs aient peur dans leur propre pays.

Puis il a posé la ligne de la soirée : « Nous ne sommes pas ici pour nourrir la haine. Nous ne sommes pas ici pour réclamer vengeance. Non. Nous sommes ici pour nous souvenir. Nous sommes ici pour continuer à vivre. » Un long « N’oublions pas » a ensuite égrené les blessés, les rescapés de Nova et des kibboutzim, les otages revenus, les familles endeuillées, les soldats tombés. « Que leur douleur est notre douleur. Que leur mémoire est notre mémoire. » Il a conclu par un vœu : « Que la paix, un jour, se lève sur Israël. »

Résilience, solidarité et devoir de mémoire
Dans son texte de clôture, le maître de cérémonie a adressé aux familles « [le] plus profond soutien et [l’]affection » de toute la communauté, avant de porter un message d’espoir en ces mots : « L’espoir de nous relever. L’espoir de reconstruire. L’espoir de retrouver la sécurité et la paix. L’espoir, malgré tout, de continuer à choisir la vie. »

Jacques Canet, président de la Synagogue de la Victoire, a ensuite remercié les partenaires et invité les personnalités présentes à la téba, dont le président et délégué général du KKL, Robert Zbili et Daniel Benlolo, leur directrice Adva Benzimra, les co-présidents du Keren Hayessod, Yoan Sayag et Rebecca Jacquin, leur directeur général Yonathan Yoffé, ainsi que le directeur de l’Agence juive pour Israël, Erez Cohen, les présidents des Consistoires Central et de Paris, respectivement MM. Elie Korchia et David Amar, dont M. Joël Mergui, président d’honneur, M. Philippe Meyer, président du Bné Brit France, Michel Ktorza, président de MDA France , et le président du CRIF, Yonathan  Arfi, la présidente de la WIZO, Nathalie Riu-Guez … Les représentants des institutions ont ainsi été invités à entonner l’Hatikva puis la Marseillaise, chantées par le hazan et le chœur et reprises par toute la salle.

Une soirée à l’unisson
À l’issue de la cérémonie, une impression dominait : celle d’une communauté unie dans l’épreuve, fidèle à ses morts et déterminée à transmettre. Trois ans après, ni l’émotion ni le devoir de mémoire ne se sont émoussés. Cette soirée a rappelé que la mémoire se transmet à voix haute, en chantant et en se tenant ensemble.

Photo : Samuel Berda
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