La vague d’antisémitisme suscitée par le procès du capitaine Dreyfus persuada Herzl de la nécessité d’un foyer national juif. Il multiplia alors les rencontres diplomatiques à travers les capitales européennes. De Londres à Constantinople, il plaida la cause sioniste auprès des autorités politiques, hommes de lettres ou de foi, industriels et financiers. Parmi ceux-ci, on compte le grand rabbin Zadock Kahn, le roi Victor Emmanuel III, le pape Pie X, le sultan Abdoul Hamid, le grand vizir Saïd Pacha ou encore Joseph Chamberlain.

De son projet, il avait fait un livre, tour à tour intitulé Judenstaat, L’État Juif, L’État des Juifs, Medinat Hayéhoudim. Quoi de plus naturel que d’adresser le récit de la construction d’un État à celui qui était le plus concerné, à un peuple dont le sort était à la merci d’un pogrom, d’une persécution, d’une crise économique, d’une rumeur ou d’une campagne antisémite ? Mais combien de ces Juifs avaient-ils lu l’œuvre Lettre au peuple juif de Theodor Herzl ?

Comme tous les autres membres du congrès sioniste, le journaliste viennois appelait des ses vœux une charte sur les terres d’Eretz Israël, octroyée par le pouvoir ottoman, en échange d’une solution à la dette publique turque. Dans cette perspective, Herzl n’hésita pas à faire appel aux grands noms du judaïsme européen : il eut même l’audace de demander au baron de Rothschild à Londres la bagatelle de 10 millions de livres ! Avant d’arriver à Paris, il procéda à une modification du titre de son livre: Lettre au baron de Rothschild vint supplanter l’intitulé original dans l’espoir que le baron lui accordât une audience. Vaine stratégie : Herzl se heurta à des portes closes au faubourg Saint-Honoré. Le fondateur du sionisme politique, informé de l’expansion des terres gérées par les administrateurs du baron à Zikhron Yaacov, Petah Tikva et Rishon-le-Tsion, insista sans succès. Les frères Pereire n’entendaient pas non plus lui accorder une quelconque importance. Il obtient toutefois un rendez-vous, 2 rue de l’Elysée, avec le baron Maurice de Hirsch. Ce dernier lui propose 20.000 hectares en Argentine, des étendues verdoyantes et fertiles. L’offre ne valait-elle pas mieux qu’une charte pour l’achat de 2000 hectares de marécages et de sols arides en Palestine? Au vu d’une proposition aussi alléchante, Herzl décida de changer pour la troisième fois le titre de son livre, qui devient Argentine ou Palestine.

En décembre 1901, Herzl succomba à un nouvel accès de désespoir. Il rejoint l’équipe de préparation du 5ème congrès sioniste à Bâle, abattu par le refus des barons de financer son projet du foyer juif en Eretz Israël. Il se confia alors à ses deux fidèles assistants, David Wolfson et Yona Krementzky. Au cours de cet échange à la terrasse de l’hôtel des Rois, à Bâle, naquit l’idée que la terre d’Israël est la propriété de tout le peuple juif. Les congressistes reprirent en outre un concept du rabbin Yehouda Alkalaï, selon lequel le peuple juif se devait de procéder au rachat de terres en Eretz israël pour y bâtir un foyer national. Afin d’alimenter le fonds nécessaire aux acquisitions, l’on institua un don consacré à cette nouvelle mission historique.

Yona Kremenetzky donna alors le feu vert à l’application d’une proposition de Haïm Kleinman, un petit employé de banque d’un village de Galicie : il s’agissait de confier à chaque foyer juif une cagnotte dans laquelle chacun verserait, à la moindre occasion, une contribution pour le Fonds national. La « boîte bleue » était née, pour la rédemption de la terre d’Israël. Une idée simple mais grandiose, qui prend racine dans l’histoire du peuple juif.

Les émissaires d’Eretz Israël venaient régulièrement recueillir les sommes collectées. Ils amenaient dans leurs bagages les « parfums » d’Eretz Israël, pour mieux éveiller, au sein du peuple Juif, la nostalgie de la terre de ses ancêtres. La boîte bleue devint et reste un lien privilégié entre les Juifs et Eretz Israël.

En un an, un million de foyers juifs dans le monde disposaient d’une boîte bleue.

 

 

 

 

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