Interview d'Efi STENZLER président KKL-JNF







Cela fait huit ans que le KKL mondial est présidé par Efi Stenzler, ancien maire de Guivatayim. Quel regard porte-t-il sur son organisation après plus d’un siècle de réalisations sionistes. Il nous le confie au micro de Claire Dana-Picard. 


 

Cela fait huit ans que le KKL mondial est présidé par Efi Stenzler, ancien maire de Guivatayim. Quel regard porte-t-il sur son organisation après plus d’un siècle de réalisations sionistes. Il nous le confie au micro de Claire Dana-Picard. 

 

Claire Dana-Picard : M. Effie Stenzler, vous avez été nommé président du KKL en 2006 après avoir assumé les fonctions de maire de Guivatayim pendant trois mandats, entre les années 1993 et 2006. Vous êtes donc passé sans transition d’un poste à l’autre : qu’est-ce qui vous a conduit au KKL ? 

Effie Stenzler : Comme chacun sait, Guivatayim est l’une des trois ou quatre villes d’Israël où les habitants jouissent d’une qualité de vie assez exceptionnelle. C’est également une ville verte. Lorsque le poste de président du KKL s’est libéré, j’ai décidé de présenter ma candidature afin de pouvoir m’investir pour Israël comme je l’avais déjà fait pour ma ville. Je connais bien Israël, du Nord au Sud, pour l’avoir parcouru notamment pendant mon service militaire (j’étais commandant d’une unité de parachutistes) et j’ai été très heureux d’être nommé à ce poste. L’équipe du KKL est très active et les membres du conseil d’administration font un excellent travail : ces dernières années, nous avons construit sept nouvelles localités et nous avons planté des milliers d’hectares de forêts 
 

CDP : Pouvez-vous faire pour nous, assez brièvement, l’historique du KKL ? Quel a été au départ le moteur de cette institution et quel était à l’époque le but de ses fondateurs ?
 

ES : En fait, cinq ans avant le premier congrès sioniste qui s’est tenu à Bâle en 1897, on avait déjà décidé qu’il fallait créer un Etat pour le peuple juif. C’était bien avant la fondation du KKL qui n’a vu le jour qu’au moment du 5e congrès sioniste, en 1901. On a bien compris à l’époque qu’il ne suffisait pas de proclamer que nous voulions un Etat pour le peuple juif, il nous fallait aussi des terrains pour concrétiser ce désir. Herzl et Yona Kremenetzky ont eu alors l’idée du tronc bleu-blanc pour tisser des liens entre les Juifs de diaspora et Israël (qui n’était pas encore un Etat). De 200 dounams (20 hectares) que possédait le peuple juif au départ, on est arrivé en 1948 à un million de dounams (100 000 hectares) devenus la propriété du KKL. Tout cela grâce à ce tronc qui se trouvait dans presque tous les foyers juifs. Lorsque les rescapés de la Shoah sont venus en Israël après la Seconde Guerre mondiale, ils avaient à leur disposition des terres pour s’établir. Par la suite, des centaines de villes, de villages et de Kibboutzim ont été construits sur ces terrains rachetés par le KKL. On peut dire que le peuple juif et le KKL ont fixé par ce biais les frontières d’Israël.
 

CDP : Quel bilan pourrait-on établir aujourd’hui pour le KKL après 113 ans d’existence ? Dans quels domaines a-t-il essentiellement travaillé ?

ES : Le KKL est aujourd’hui la plus grande organisation juive du monde avec 48 antennes dispersées sur les cinq continents. Elles sont toutes animées par des équipes très actives assistées de bénévoles. 

Ces dernières années, le KKL s’est investi dans plusieurs projets. Le premier, qui garde la priorité, est bien entendu la poursuite du reboisement d’Israël. C’était d’ailleurs l’une des principales préoccupations d’Herzl. Lorsqu’il est arrivé pour la première fois dans le pays, après avoir proclamé son désir de créer un Etat, il s’est rendu compte qu’il se trouvait dans un désert sans la moindre parcelle d’ombre. On peut dire que depuis cette époque, le KKL a planté près de 240 millions d’arbres. Aujourd’hui, les gens qui visitent Israël trouvent naturel de voir un pays verdoyant, ignorant que c’était un désert il y a un siècle. Nous poursuivons notre tâche et reboisons chaque année des milliers d’hectares. 

Nous continuons aussi à nous investir dans le développement du pays. Ces dernières années, nous avons construit une dizaine de localités, notamment dans le Sud pour les personnes évacuées du Goush Katif. Cela nous a permis d’installer des milliers de familles dans le Néguev. En repeuplant cette région qui s’étend sur 60 % du territoire d’Israël mais ne compte que 8 % de sa population, nous réalisons le souhait de Ben Gourion. 

Et puis, il y a la question primordiale de l’eau. Le KKL a construit jusqu’à présent 235 réservoirs qui fournissent 70 % de l’eau pour l’agriculture. Nous investissons également dans l’écotourisme en aménageant dans les espaces verts et les forêts du pays des itinéraires réservés exclusivement aux cyclistes. Cela fait sept ans que nous avons pris en main ce projet : à l’époque, on comptait en Israël 40 000 cyclistes ; ils sont aujourd’hui 250 000 à profiter des pistes cyclables pour parcourir le pays, du Golan à Eilat. 

Nous finançons en outre 50 % de la recherche et du développement de l’agriculture en Israël. 

Je voudrais dans un autre registre saluer le travail effectué par notre antenne de France. L’an dernier, elle a organisé avec le KKL d’Israël une Journée pour Israël, en présence des ministres israéliens de l’Agriculture et du Tourisme. Cet événement a attiré près de 15 000 visiteurs. 
 

CDP : L’histoire du KKL ne devrait-elle pas inspirer davantage les dirigeants sionistes d’aujourd’hui ? 

ES : Le KKL est une organisation sioniste qui maintient le flambeau. Quant à la classe politique israélienne, elle ne s’intéresse pas toujours à nos réalisations malgré les efforts que nous déployons. Tout le monde ne considère pas que le sionisme prime avant tout. En même temps, nous sommes témoins d’une grande vague d’antisémitisme qui envahit le monde, et l’Europe en particulier. Le KKL y fait l’objet d’attaques incessantes qui ont démarré il y a six ans lorsque nous avons commencé à planter dans le Néguev. Comme il est plus facile de s’attaquer au KKL que de s’en prendre à l’Etat, certains cherchent par exemple à faire annuler les exonérations d’impôts accordées pour les dons faits à notre organisation. Nous sommes également la cible d’un mouvement qui s’oppose régulièrement à nos institutions dans le monde entier. Il s’agit d’un groupe très bien structuré qui reçoit des subventions de nombreuses associations et de personnes privées. 

CDP : Comment répondez-vous aux attaques dirigées à l’étranger contre votre institution ?

ES : Nous avons décidé, depuis plusieurs années, de faire de la Hasbara (diplomatie publique) en expliquant que nous sommes une organisation écologique qui aide de nombreux pays. Israël a en effet un savoir-faire en agriculture qui est très prisé dans le monde. Le KKL est entré en contact avec des chaines télévisées et des sites Internet en Europe ainsi qu’avec le parlement européen. Dans ce cadre, nous avons eu le plaisir d’accueillir il y a quelques jours le président de la commission chargée des relations entre Israël et le parlement européen, Bastiaan Belder, qui représente la Hollande où l’antisémitisme est devenu très virulent. Nous avons eu également la visite de la présidente d’une grande organisation chinoise préconisant la coopération entre la Chine et Israël. Par ailleurs, malgré un climat parfois hostile, le parlement européen a reçu récemment une délégation du KKL. Et puis, comme nous ne sommes pas une institution gouvernementale, de nombreuses ONG sont prêtes à tisser des liens avec nous. 

CDP : Peut-on dire encore aujourd’hui, dans ce contexte, que le KKL est une organisation apolitique ? 

ES : Le KKL est avant tout une organisation sioniste. Notre conseil d’administration est composé pour deux tiers de représentants d’organisations sionistes mondiales et pour le tiers restant de délégués de partis politiques israéliens. Lorsque les 37 membres ont été élus, je leur ai demandé d’oublier leur appartenance politique pour pouvoir représenter notre organisation, qui est le miroir du Congrès sioniste. 

CDP : Quelles sont à l’heure actuelle les priorités du KKL ?

ES : Israël est un Etat relativement jeune. Nous avons obtenu notre indépendance et c’est la patrie du peuple juif. L’Etat d’Israël garantit la survie du peuple juif… et le peuple juif joue le même rôle pour l’Etat d’Israël. Nous sommes tous solidaires et notre premier objectif doit être aujourd’hui de nous préoccuper des futures générations, de tous ces Juifs qui décideront de s’établir en Eretz Israël. En même temps, nous tenons à poursuivre notre mission de reboisement afin de faire d’Israël un pays verdoyant. Je voudrais souligner aussi que nous oeuvrons dans le secteur non juif. Nous sommes entrés en contact avec les responsables de nombreuses localités à population musulmane ou chrétienne afin de collaborer avec eux dans le domaine de l’éducation et de l’écologie. Nous sommes très actifs dans le Néguev où nous travaillons avec des conseils de villages bédouins. En tant qu’organisation juive, nous avons également pour vocation d’aider les populations non-juives avec lesquelles nous cohabitons. 

CDP : Tous les étés, de graves incendies se déclarent dans le pays : dans quelle mesure peut-on affirmer qu’ils sont d’origine criminelle ? Que peut-on faire pour éviter ces feux redoutables ?

ES : Malheureusement, la plupart des feux de forêts sont d’origine criminelle. Il y a quelques années, lorsque nous avons déploré près de mille incendies volontaires, j’ai qualifié ces actes d’Intifada écologique. Ces derniers temps, la police israélienne tente d’arrêter les coupables mais les dégâts sont là et ils sont considérables. Un incendie peut éclater à tout moment ; il se propage très rapidement et détruit des centaines d’hectares de forêts. Même lorsque nous replantons, nous ne parvenons pas réellement à réparer les dégâts. Et il faut souligner que tout est à nos frais, l’Etat ne participant ni au financement des plantations, ni à l’entretien des surfaces boisées, ni à la restauration des forêts ravagées par les incendies. 

CDP : Dernière question, Effie Stentzler : le KKL vit avec son temps et innove. Quels sont aujourd’hui ses grands projets ?

ES : Pour répondre aux nombreuses attaques dirigées contre nous dans le monde, nous avons décidé d’utiliser une nouvelle stratégie : en mai 2015, une grande exposition va s’ouvrir à Milan avec la participation de 150 Etats dont Israël. Le KKL sera présent au stand israélien pour présenter ses réalisations, notamment dans le domaine de la nutrition, du reboisement et de l’agriculture. Ce sera notre réponse à tous ceux qui nous dénigrent. Il est important pour nous que le monde entier puisse découvrir nos performances et ce sera aussi une source de fierté pour tous nos représentants à l’étranger. 

CDP : Quel est votre message en cette veille de Rosh Hachana ? 

ES : Je voudrais adresser une fois de plus mes remerciements à la direction du KKL France qui fait un travail remarquable et souhaiter une bonne et heureuse année à tous vos lecteurs. Que cette année soit meilleure que la précédente !