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Dix mille arbres pour un Juste

Investi dans le devoir de mémoire, le KKL a récemment inauguré une forêt en hommage à de Giorgio Perlasca, catholique italien qui a contribué à sauver, pendant la Shoah, des milliers de Juifs hongrois promis à un funeste destin. Un témoignage de reconnaissance du peuple juif envers un Juste parmi les nations.

C'est dans la forêt Ahihud (600ha), en Basse-Galilée, que dix mille arbres célèbrent désormais la mémoire de Giorgio Perlasca, décédé en 1992. Combattant de la guerre civile espagnole, ce dernier a mis à profit ses contacts avec la péninsule Ibérique pour évacuer clandestinement 5000Juifs de Hongrie, envahie par les nazis en 1944, et leur fournir nourriture, asile et visas. Son héroïsme a été salué par les gouvernements italien, hongrois et espagnol, tandis que Yad Vashem lui a décerné le titre de Juste parmi les nations.

«Le courage de Giorgio Perlasca me touche énormément, a déclaré Walter Arbib, Juif canadien et principal donateur du projet, lors de la cérémonie d'inauguration. Il est essentiel que des sites rendent hommage à ces personnes exceptionnelles […] J'imagine les enfants israéliens et leurs familles qui viendront profiter des joies de la nature en ces lieux; ils auront l'occasion de s'instruire sur l'un des chapitres les plus graves de l'histoire de notre peuple.» Alors qu'Avi Dickstein, directeur de la division Ressources et Développement du KKL, a souligné le soin avec lequel l'institution sioniste tenait à honorer celles et ceux qui ont risqué leur vie pour venir en aide aux Juifs, Silvan Shalom, vice-premier ministre et ministre du développement de la Galilée et du Néguev, a exprimé la gratitude que leur vouait l'État d'Israël : «Nous ne devons jamais oublier ce qui s'est passé pendant la Shoah, quand les Juifs n'étaient rien de plus que de la poussière balayée par le vent.» Et d'ajouter : «L'œuvre d'afforestation réalisée par le KKL renforce notre lien à la terre […] Chaque arbre planté constitue une preuve irréfragable de notre volonté de demeurer dans notre pays.»

Très ému, Franco Perlasca, le fils de Giorgio, a avoué à l'assistance, composée de personnalités, de diplomates et de survivants, qu'il avait appris par hasard les exploits de son père, monument d'humanité et de modestie, lorsqu'une famille qu'il avait sauvée est venue le remercier et lui offrir, symboliquement, les effets qu'ils avaient conservés des années noires. «Quand mon père les a priés de les garder pour leurs petits-enfants, ils lui ont répondu que, sans lui, ils n'en auraient jamais eus...» Du fait, cinquante ans après le procès Eichmann, de nombreux Juifs, israéliens ou non, doivent la vie au dévouement intrépide de Giorgio Perlasca.